MEDITATION
L'ASCENSION
Le Christ Ressuscité apparaît de trois manières dans le Nouveau testament. Il apparaît en premier de la façon dont Il se révèle Lui-même aux disciples entre Pâques et l'Ascension. Ici l'Evangile de Jean est particulièrement important. Il nous parle du Ressuscité de façon plus circonstanciée et impressionnante. Personne ne doit laisser les périodes de Pâques et de la Pentecôte passer sans découvrir ces récits agir sur lui. Sur eux s'étend une fragrance et une beauté, telle un printemps en Paradis. Respirer cet esprit de résurrection dans ces histoires éveille un homme lui-même à une vie nouvelle.
Une seconde sorte d'événement de résurrection est décrite dans ce qui est arrivé à Damas, lorsque Paul rencontra le Ressuscité. Nous avons indiqué auparavant la connexion organique de cette apparition avec l'expérience du baptême dans le Jourdain et avec la révélation à Etienne. Tous ces exemples peuvent nous aider si nous souhaitons atteindre une impression du Ressuscité. Ces histoires sont significatives dans ce dessein.
Mais ici, pour notre méditation, nous voudrions noter spécialement la dernière et plus importante révélation du Christ Ressuscité dans l'Apocalypse de Jean (Rev.1). Comme nulle part ailleurs nous pouvons arriver à connaître le Ressuscité dans cette image, vivre nous-mêmes en Lui, et ainsi nous élever nous-mêmes. Cette image est la plus puissante méditation sur la résurrection.
Pas à pas nous pouvons appeler ce Christ devant nous, et si au début l'image nous est étrangère, parce que nous étudions de telles images d'un point de vue trop extérieur, trop matériellement dépeint, étant trop faiblement capables de lire et d'apporter à la vie en nous le langage de l'esprit qui est parlé là, nous devons laisser de telles images devenir plus vivantes et éclatantes que nous ne sommes habitués à recevoir des images aujourd'hui. Alors nous vivons nous-mêmes toujours plus fortement en elles.
La tête resplendissant de pure lumière, comme elle-même créée de la plus pure lumière, sagesse et sainteté en une ! D'elle les yeux brillent, "comme le soleil brille dans sa force". Ainsi la tête est entourée de l'extérieur d'une lumière divine cosmique et en même temps, dans les yeux, est remplie de l'intérieur de l'essence de lumière divine : l'extérieur et l'intérieur se rencontrent.
Le vêtement avec la ceinture dorée est le même que nous avons reconnu dans ces études comme la paix divine, le support divin qui procède de l'harmonie cosmique supra terrestre. Que cette paix ne soit pas un repos séparé, mais la force cosmique la plus puisante, nous le reconnaissons à la voix qui sort de la poitrine, qui est comme une poussée d'eaux puissantes ; qui agit comme une épée à double tranchante du jugement. A nouveau nous voyons cette paix plus intérieurement dans le vêtement à la ceinture dorée, et plus dirigé vers le monde dans le puissant verbe cosmique.
Et l'amour de ce que nous parlions au début nous est montré dans l'image des pieds, qui sont formés de la force-terre, mais le feu céleste brille à travers eux ; et dans les mains, en lesquelles vivent les pouvoirs des étoiles. Encore, un côté plus personnel de l'amour est dépeint dans les pieds, et le côté tourné vers le monde est dépeint dans les mains.
Jean le Visionnaire nous dit lui-même que, lorsqu'il avait vu ce Christ, il tomba à terre comme mort. Nous apparaissons toujours comme morts près de Lui.
Nous expérimentons le grand tombeau, le monde terrestre, et le petit tombeau, notre corps terrestre…Ainsi nous regardons vers le Christ et nos recevons de Lui la véritable humanité. Oui, nous pouvons voir à présent, résumée en ce Christ, la construction entière de ces exercices dans nos vies, autant qu'ils se réfèrent au caractère. Ce qui est apporté à travers le lavement des pieds nous le voyons ici dans les pieds terrestres, à travers lesquels le feu brille—pouvoir de la terre uni à l'esprit d'amour. Ce qui est apporté dans la flagellation, revient en perfection dans le vêtement flottant à la ceinture dorée. Ce que le couronnement d'épines a éveillé en nous, la position pour ce qui est sacré en nous, la vie terrestre élevée à la sagesse céleste, brille des yeux. Dans la plus noble chose que la terre peut apporter, dans l'œil humain, brille le pouvoir du soleil lui-même.
Et à présent suivons aussi les trois exercices supérieurs. Ce vers quoi la Croix nous a menés, devenir un avec l'amour cosmique, vit en tant que pouvoir créatif dans les mains percées qui tiennent les étoiles. Le jugement dernier du monde dans lequel la descente aux enfers nous a conduits, vit en puissance dans la voix divine. Et la résurrection elle-même, l'éveil à la vie nouvelle, est tissée autour de la tête comme une plénitude de lumière. Nous pouvons penser à ces détails, ou avoir le tout devant nous : c'est le Ressuscité, comme Il est apparu à ses disciples bien-aimés. Ainsi Il voudrait attirer tous les hommes vers Lui. Devant Lui toute prière devient adoration.
Où peut être trouvée aujourd'hui une pure adoration du Christ ? Ce devrait être la plus noble prière. A travers le Christ nous adorons le Père du Monde "dans le nom du Christ". Que pourrait devenir l'humanité si l'image du ressuscité ne demeurait pas dans le tombeau de la Bible, mais s'élevait dans les âmes elles-mêmes ? Quel développement sans précédent les hommes apporteraient-ils de l'intérieur ? Avec une révérence plus profonde, l'homme, tel qu'il est, regarderait vers l'homme, tel qu'il doit devenir. Il resplendit du Christ en tant que "Fils Divin".
Laissons celui qui ne peut pas encore honnêtement connecter cette image de Révélation avec un Christ vivant aujourd'hui, penser à elle au début comme à son propre égo supérieur, ou comme à l'idéal pour l'homme. Un jour il deviendra clair pour lui qu'il n'a pas là devant lui seulement une image pensée de sa propre fabrication.
Avec tout ceci nous sommes à présent déjà au milieu de l'Ascension. On sent la contradiction totale de notre époque lorsqu'on prononce simplement ce mot. Les hommes qui vivent parmi les machines, ont-ils besoin de se précipiter eux-mêmes dans la résurrection du Christ ? Mais d'un autre côté vient une considération. Nous lisons dans les conférences déjà mentionnées de Rudolf Steiner sur l'Evangile de Jean "Le septième sentiment ne peut être exprimé en mots : seul pouvait décrire celui qui était capable de penser sans utiliser l'instrument du cerveau humain ; et pour ceci il n'y a pas de langage, parce que notre langage a des expressions seulement pour le plan physique. Par conséquent on peut seulement donner une explication à ce niveau. Il surpasse tout ce que l'homme se représente lui-même. On l'appelle
'montée aux cieux', ou l'absorption complète dans le monde spirituel".
Selon de tels mots nous retiendrons dans nos consciences qu'il y a des expériences qui résident au-dessus de tout ce que nous sommes capables personnellement d'atteindre. Il est bon dans notre dernière méditation de porter ceci clairement dans notre âme. Et pourtant nous ne devons pas passer par la plus grande. Non seulement parce qu'à la descente aux enfers dont nous parlons, une montée dans les cieux seule peut apporter une compensation équilibrante, si nous souhaitons devenir correctement équilibrés—tout comme la mort sur la Croix correspond à la résurrection—mais parce que c'est justement l'homme de l'époque actuelle qui doit arriver à sentir à nouveau plus fortement qu'il appartient au monde divin, s'il doit s'opposer à la puissante vie extérieure, la force opposée la plus puissante.
Ici aussi nous marcherons plus sûrement et pouvons être protégés de tous dangers, si nous suivons les indications de la Bible elle-même.
Immédiatement avant Son Ascension, le Christ institua le Baptême : "Faites des disciples de toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit" ! Le baptême aussi, peut être expérimenté sur des niveaux plus différents. Lorsque, partant de l'image du Christ que nous avons décrite, un homme cherche à s'élever personnellement, jusqu'à ce qu'il plonge sa pensée entière, son sentiment entier, son "homme central" entier, qui vit dans le cœur et les poumons, dans le Fils Divin, jusqu'à ce qu'il plonge sa volonté entière, qui vit dans nos actes et dans notre conduite, dans le Divin Père, alors il monte vers la région où l'homme lui-même est une image de la Divine Trinité ; alors le Nom Divin trois fois saint, qui est au-dessus de tous cieux, fait écho merveilleusement en l'homme ; alors il devient un avec la vie de la Divinité primale, qui gouverne tous les mondes, et est élevé au-dessus des pouvoirs du mal ; alors il est dans sa patrie céleste supérieure. Comme un vainqueur, couronné de lumière, il revient à ses tâches terrestres. Tous les cieux s'ouvriront à lui à l'avenir.
Un homme peut sembler être transfiguré dans les cieux. Mais il ne doit pas couler dans l'inconscience, ce qui fut le danger des mystiques, mais dans son égo éveillé les cieux eux-mêmes s'éveilleront. C'est la perfection la plus élevée de l'homme, que nous construisons au-dessus de l'enfant dans une action sacramentelle lorsque nous le baptisons. Rien ne doit être dans ma pensée que ce qui est le Saint Esprit. Rien ne doit vivre dans mon sentiment, que ce qui est le Fils Divin. Rien ne doit agir dans ma volonté que ce qui est la volonté du Père du monde, qui est au-delà de tout ce qui existe. On peut expérimenter cette méditation comme un scellement avec un sceau divin.
Une telle méditation nous sanctifiera, comme rien d'autre ne peut nous sanctifier. Etre allés dans les cieux—cela nous donne pour la vie un sentiment complètement différent envers la terre. Divinement ennoblis nous revenons vers elle. Mais cela est seulement possible lorsque nous n'avons pas cherché à échapper à la Croix et à l'enfer. Si nous avons reçu le sceau divin, nous apprenons à prononcer le mot "homme" d'une manière complètement différente. Nous commençons à ressentir que l'homme lui-même est appelé à entrer dans les rangs des êtres divins, et à sentir que son être, lorsqu'il sera parmi eux, dans la lumière, la vie et l'amour. Car ces trois mots de l'Evangile de Jean expriment la même pensée, "N'est-il pas écrit ; Vous êtes des Dieux "? (Jean 10:34). Regarde l'Homme ! Regarde le Dieu !
Mais l'Ascension, si nous ne dénions pas l'esprit du Christ, ne doit jamais nous trahir dans l'espérance de rester dans les cieux, cependant nous devrions la ressentir fortement en tant que "béatitude". La volonté du Christ mène droit des cieux à la terre ! Seulement alors nous sommes unis au Christ, si cette volonté elle-même est vivante aussi en nous.
Ainsi en effet ce fut le Baptême du Christ Lui-même. Il peut être regardé comme une montée réelle vers les cieux. La connexion entre l'Ascension et le Baptême, tels que nous les avons décrits ci-dessus, devient en soi pleinement claire. Et ainsi la considération du Baptême du Christ peut nous aider à renforcer la méditation sur l'Ascension au moyen d'une image extraite de la terre.
"Les cieux furent ouverts". Cette expérience de Jésus au Baptême dans le Jourdain, fut…la plus profonde expérience qu'un homme avait jamais eue sur terre. Dans la lumineuse colombe qui brillait sur sa tête, le Saint Esprit se révéla lui-même. Dans la voix qui résonnait, "Tu es mon Fils Bien-aimé, sur qui ma révélation repose affectueusement", le Fils Divin est révélé.
Dans l'ouverture des cieux sur Lui et autour de Lui, le Père des mondes se fait plus proche. Ce que nous voyons ici devant nous fut un passage à travers les trois royaumes : Imagination, dans l'image ; Inspiration, dans le son ; Intuition, dans la réception de la vie. Par cet événement—le Baptême du Christ—notre montée vers les cieux peut en même temps être ancrée et demeurer fermement tenue à l'intérieur du royaume de la terre. Nous nous rappellerons aussi nous-mêmes comment le Christ retourna vers son Père après Son Baptême dans la vie terrestre après la tentation dans le désert—les plus sévères tentations viennent souvent directement après les expériences les plus élevées—les activités monotones de la vie quotidienne commencèrent, à travers lesquelles par la suite le royaume des cieux brillait à l'arrière plan. "Le royaume des Cieux est à portée de main" ! fut dorénavant Sa déclaration. Lorsqu'à travers nos activités terrestres aussi brille un royaume des cieux dans lequel nous sommes allés, alors elles contiennent leur véritable beauté et leur vraie grandeur.
La Résurrection et l'Ascension complètent quelqu'un comme l'inspir et l'expir. La Résurrection est un départ vers les cieux. L'Ascension devient un retour dans les cieux. Les deux s'appartiennent comme la plus haute communion : la Résurrection est finalement la réception du corps du Christ. L'Ascension nous remplit dans le sens le plus profond du sang du Christ. La Cène du Seigneur est la préparation à cette expérience.
Si nous regardons en arrière vers le cours entier de la purification de notre sentiment, nous trouvons que nous sommes passés deux fois à travers le royaume d'amour, de paix, de sainteté. Tel un mouvement de spirale notre chemin procède vers le haut, puisque le second circuit réside au-dessus du premier. Dans l'amour, qui est notre relation avec nos compagnons ; dans la paix, qui est notre relation au monde terrestre environnant ; dans la sainteté, qui est notre relation au monde divin—dans cette trinité nous sommes baignés, en tant qu'hommes.
Notre existence terrestre est si formée qu'il n'y a rien que nous ne voulions maintenir de ces trois facultés de base, humaines et divines, des nôtres. Dans l'Ascension elles sont toutes résumées.
Et ainsi, en même temps, ce sentier est l'accomplissement de la seconde requête dans la prière du Seigneur, "Que ton règne vienne" ! Habituellement dans cette requête on pense uniquement au royaume qui viendra un jour d'en haut. De cette conception inadéquate nous sommes pleinement libérés par notre progrès intérieur. Nous prenons le chemin des Evangiles eux-mêmes vers le royaume divin : à travers la mort vers la résurrection. C'est le chemin par lequel le Christ Lui-même passa avant nous "dans le royaume". A travers aucune porte extérieure on ne peut entrer dans ce royaume, ni par la mort extérieure seulement. Ce n'est pas un royaume géographique, mais un royaume divin de l'esprit. Des conditions strictes le gouvernent : "Vous savez là où je vais, et vous connaissez le chemin". (Jean 14:4)
Lorsque le Christ apparut à Ses disciples pour la dernière fois avant Son Ascension, Il posa trois fois à Pierre la question : "M'aimes-tu" ? On peut sentir, lorsqu'on médite sur cette histoire, combien cette question chaque fois pénètre plus profondément dans l'âme, combien, lorsqu'elle est reçue comme une question vitale, elle fond l'âme entière dans un feu sacré. C'est un moyen unique de transubstantiation de soi que Christ a donné là à Pierre, l'esprit terrestre.
Nous pouvons conclure notre méditation sur l'Ascension, et nos séries entières de méditations dirigées vers les sentiments, en expérimentant aussi fortement que possible, le Christ se tenant devant nous, posant cette question. Tout ce que nous avons expérimenté dans la méditation sur la Résurrection est maintenant en ce Christ. Et tout ce que nous avons acquis dans la méditation sur l'Ascension et le Baptême est maintenant en nous.
Ce n'est pas de la présomption, mais c'est une appropriation pleinement humaine de l'histoire de l'Evangile, si, à l'intérieur de ce Christ, qui radiant, nous enferme comme une forme qui s'élève devant nous et nous recouvre, nous recevons en nous-mêmes la question : "M'aimes-tu" ? C'est la question qui toujours et partout émane de Son être, lorsque nous l'écoutons. Dans le feu de cette question, qui a en elle quelque chose de céleste qui nous brûle, nous sommes plus pleinement re-créés. Avec les plus hauts cieux en nos cœurs, nous retournons alors vers la terre. "Père, je voudrais que l'amour dont tu m'as aimé puisse être en eux, et moi en eux". –Jean 17:26
RAYS JUILLET/AOUT 2001 FRIEDICH RITTELMEYER
Traduction Chantal Duros